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L’innovation ouverte des PME – Better, Faster, Harder

La demande d’innovation est de plus en plus pressante et elle s’accélère … ouvrant la voie de l’innovation ouverte des PME.

Nous observons que, même sur les marchés d’offre historiques comme l’électronique grand public, la demande impose la cadence et non plus l’offre. Les consommateurs s’attendent à de meilleurs produits tous les jours et même les leaders du marché peuvent être pris au piège du jeu de l’offre et de la demande .
Vous souvenez-vous de l’ annonce de l’iPhone 4s en 2011 ? Les blogs et les journaux avaient relayé une énorme déception du fait de l’absence d’innovation (une recherche Google sur : ‘ iphone 4s ET déception’ vous donnera  des centaines de milliers de pages ! ) .
De nombreux exemples similaires peuvent être trouvés dans l’industrie automobile où il est attendu des nouveaux modèles de surclasser les précédents sur : la sécurité, la consommation de carburant, le niveau de pollution, la qualité, les équipement connectés, le GPS, la musique… la liste est infinie et les attentes bien difficiles à satisfaire.

Les consommateurs se sont habitués à se voir offrir en permanence de nouveaux produits et de nouvelles fonctionnalités au cours des dernières décennies, cela est devenu une attente forte pour le ‘toujours plus’ .

Mais la concurrence industrielle impose également que ces nouveaux modèles soient délivrés à un rythme toujours plus rapide .

Un exemple : dans les années 2000 l’industrie du téléphone mobile était basé sur les fondamentaux suivants: une durée de vie produit de 2 à 3 ans et une disponibilité des modèles de 2 ans. Ces chiffres sont à présent respectivement 18 et 12 mois en moyenne, soit une accélération d’un facteur 2. Le renouvellement de la gamme produits est encore plus impressionnant dans l’industrie informatique où les modèles sont remplacés chaque année .

Cette tendance de l’électronique grand public se retrouve dans de nombreux autres secteurs comme l’habillement, l’alimentation et même les services comme la banque et l’assurance qui proposent de nouvelles offres presque chaque mois .

La concurrence impose que les produits soient livrés de plus en plus rapidement.

Qu’est-ce que cela implique pour les fabricants ?

D’une part la complexité des produits augmente à un rythme inégalé pour répondre à la demande d’innovation. Pensez aux technologies embarquées dans une voiture (une voiture embarque environ 30 microprocesseurs et d’un million de lignes de code), ou dans un smartphone ( GPS , détecteur de mouvement , NFC , écrans , batterie , appareil photo, processeurs … ). Et d’autre part ces technologies doivent être développées, intégrées, testées et livrées toujours plus vite. Et, de plus, chacune d’entre elles, alors qu’elles devient plus sophistiqué, plus miniaturisée, est aussi de plus en plus chères à produire, conduisant à la concentration des acteurs et la réduction de la concurrence .

Aucune entreprise au monde ne peut maîtriser toutes ces technologies . Bien sûr, chacune se spécialise et devient partie d’une chaîne de relation intégrateur/fournisseur. Mais malgré tout, il y a toujours de nombreux domaines très spécialisés où une entreprise ne peut pas maintenir un savoir-faire au niveau de l’état ​​de l’art pour ses propres produits . Ceci est particulièrement criant pour les PME.

La mission des équipes produit et R&D est de plus en plus difficile.

C’est là que l’innovation ouverte entre en scène. [tweetherder] S’appuyer sur des savoir-faire externes, intégrer les innovations d’autres laboratoires ou entreprises est la seule façon de rester à niveau ou de surpasser la concurrence[/tweetherder] . En particulier lorsque votre ‘moteur R&D’ vous place a prior comme un challenger dans votre propre marché.  PME disais-je …

Dans notre expérience avec l’Open Innovation , nous avons rencontré de nombreux exemples similaires:

– Un fabricant d’ustensiles de cuisine a besoin d’expertise sur la façon d’obtenir certaines couleurs sur aluminium usiné

– Un fabricant d’instruments médicaux a besoin d’un procédé moins coûteux pour le ponçage de la céramique

– Un fabricant de téléphone a besoin d’une antenne de conception plus compacte  …

Ils étaient tous sous pression du marché, de contraintes budgétaires de R&D, leurs fournisseurs n’avaient pas la bonne réponse; mais nous avons trouvé ensemble que des chercheurs ou d’autres PME, loin de leur écosystème initial, avaient déjà résolu ces problèmes .

La détection de solutions, la mise en œuvre de l’Innovation Ouverte en tant que pratique, l’intégration d’IP de tiers, la collaboration avec de nouveaux partenaires au sein de votre processus de R&D sont toutes des questions difficiles que nous discuterons dans d’autres articles de ce blog .

Mais j’espère que celui-ci a démontré qu’une ouverture beaucoup plus grande de la ‘boite’ R&D est la seule option dans ce domaine, pour des solution dans un monde d’innovations toutjours meilleurs, plus rapide mais aussi plus difficile (Better – Faster – Harder) .

* Avec la (presque) autorisation de Daft Punk

L’innovation Ouverte et la propriété intellectuelle: contradiction ou complémentarité ?

L’innovation ouverte et les DPI : contradiction ou complémentarité ?

L’innovation ouverte et la gestion des droits de propriété intellectuelle ont longtemps été présentés comme des approches contradictoires de l’innovation. Nous discutons ici la contradiction apparente mais nous montrons que les DPI peuvent définir le cadre idéal pour la réalisation de projets d’innovation ouverte .

Une contradiction apparente dans les définitions.

Entre la propriété intellectuelle et l’innovation ouverte la contradiction commence avec les définitions .

Les droits de propriété intellectuelle (brevets, dessins et modèles, droits d’auteur), tels que définis par l’OMC sont « les droits conférés aux personnes sur les créations de leur esprit. Ils donnent généralement au créateur un droit exclusif sur l’utilisation de sa création pendant une certaine durée. »

Comme on le voit, la notion d’exclusivité est centrale.

B.Hall dans son étude [ 1 ] stipule que : « les DPI sont généralement conçus pour exclure les autres de l’utilisation des idées et des inventions d’une entreprise  » .

L’Innovation Ouverte d’autre part se définit ainsi: « L’innovation ouverte est un paradigme qui suppose que les entreprises peuvent et doivent utiliser des idées externes ainsi que des idées internes et les chemins internes et externes vers le marché ».  Dit autrement il s’agit « d’innover avec des partenaires en partageant les risques et les bénéfices. » [Wikipedia , citant Chesbrough].

Ici, l’accent est clairement mis sur la notion de «partage» .

Bien que «partager» ne ​​signifie pas «donner», on voit bien le grand écart qu’il y a entre les notions d’«exclusivité» et de «partage».

Et la contradiction semble s’aggraver lorsque l’on regarde les pratiques réelles dans les deux camps .

Le poids économique croissant de la propriété intellectuelle

Bien qu’il existe des groupes ayant des intérêts économiques communs ou des contraintes d’interopérabilité (Web 2.0, patent-pools sur les formats vidéo ou les télécommunications), la règle générale reste que les DPI et notamment les brevets sont considérés comme des armes de protection ou même d’attaque dans des conflits industriels .

En fait, [tweetherder]le rôle des droits de propriété intellectuelle est devenue primordial depuis l’entrée dans l’économie de la connaissance[/tweetherder]. Dans une économie matérielle, on peut protéger ses biens dans un coffre-fort tandis que dans une économie de la connaissance les seules protections sont les secrets ou des titres de propriété intellectuelle.

Comme exemple de cette croissance, on peut citer le montant total des licences de brevets qui est passé de 50 milliards de dollars en 1994 à 200 milliards en 2008 (source OMPI et Athreye/Yang dans [7]) , cela ne tient pas compte des acquisitions comme celle Motorola Mobility par Google (12 milliards de dollars) et Nokia par Microsoft (7 milliards de dollars), qui toutes deux visent à remplir leurs portefeuilles de brevets .

patents promises

Les promesses des brevets

Nous avons tous entendu également de célèbres batailles comme les plaintes d’Apple contre Samsung qui ont fini par bloquer les ventes des smartphones Galaxy aux États-Unis en 2012.  Les blogs sur le sujet regorgent d’exemple de situations absurdes en particulier liées aux brevets logiciels ou sur le génome (voir Commodor / brevet XOR).

La protection des inventions peut en effet se transformer en pratiques excessives et douteuses .

Un article du MIT Sloan [2] résume bien ceci en disant que [tweetherder] »les  problèmes se produisent lorsque la protection de la propriété intellectuelle est transformée d’un moyen de capturer la valeur de l’innovation en une fin en soi » [/tweetherder] .

Quand il s’agit de bâtir de nouveaux partenariats , cette position crispée sur les DPI impose des règles strictes qui font peser une lourde armure sur les épaules des employés et ralentissent les projets. Certaines entreprises vont exiger un NDA avant toute discussion, la plupart veulent avoir un accord contractuel global avant de démarrer un projet et certaines vont tout simplement refuser les discussions avec les sociétés qui ne possèdent pas de brevets.

knight

Discutons d’un partenariat !

De grandes entreprises comme IBM et P&G ont cependant réalisé que l’agilité de l’entreprise exigeait un changement dans leurs politiques de propriété intellectuelle et ont commencé à le faire réellement à la fin des années 2000 , voir [1] .

L’agilité de l’Innovation Ouverte soulève de nouvelles questions

Dans le camp de l’Innovation Ouverte, les intervenants recommandent d’utiliser des processus légers pour mener les projets afin que l’information puisse être partagée rapidement sans barrières inutiles. Ceci est absolument nécessaire quand une entreprise envoie un appel à propositions dans l’espoir de recevoir des dizaines de réponses. Avoir un NDA avant l’échange d’information n’est  certainement pas compatible de cet objectif.

Et pourtant, suivant ces principes, des milliers de problèmes industriels sont rendus publics et encore plus de propositions de solutions sont dévoilées avec la plus minime protection d’un clic sur une page Web!

Avec une telle contradiction, on peut légitimement se poser des questions .

Les questions principales de l’entreprise sont généralement :

1 . Que va-t-il arriver à mon challenge ? Ne peut-il pas être exploité par mes concurrents à mon insu ?
2 . Comment puis-je protéger mes produits contre les imitations si je ne possède pas entièrement l’ IP ?

Les experts ou fournisseurs ont eux les questions suivantes:

3 . Comment puis-je protéger mon savoir-faire dans un processus aussi sommaire ?
4 . Suis-je affaibli sur le long terme par le partage ou la licence mes droits de propriété intellectuelle ?

Eh bien, comme vous le devinez, en tant qu’experts de l’innovation ouverte, nous avons les réponses :-) et pour vous remercier d’avoir lu jusqu’ici, je vais maintenant vous en donner un aperçu .

Les plates-formes d’innovation ouverte peuvent fournir les réponses

La première question porte sur un risque potentiel dans la divulgation d’un problème industriel, y compris à la concurrence . En effet, personne ne veut que d’autres connaissent les détails de nos problèmes, pas seulement dans les affaires .

Il est facile d’y répondre, d’une part les plates-formes d’Innovation Ouverte permettent de poser des questions de façon anonyme (quelques exemples ici) . Chez ideXlab nous avons développé un workflow qui permet de rechercher les experts et d’entrer dans des discussions et négociations anonymes jusqu’à ce que les deux parties soient d’accord pour démarrer une collaboration .

Deuxièmement, on doit se poser la question du risque réel si la question est divulguée. Dans la plupart des cas que nous avons traités, les questions posées portaient sur l’amélioration d’un produit existant (le produit et ses performances étant déjà connus, une divulgation n’est pas un gros risque); d’autres sont liées à des fonctions périphériques d’un produit dont la divulgation ne porterait pas sur le cœur de métier de la société.

La réponse à la deuxième question est un peu plus technique. Supposons que vous ayez trouvé une technologie que vous souhaitez intégrer dans votre prochain produit; il y a alors deux cas: soit la technologie est protégée par le fournisseur ou elle n’est pas. Si elle l’est par un brevet ou même seulement une preuve d’antériorité, dans le cadre de votre contrat vous demanderez un droit d’utilisation (ou licence), potentiellement exclusif, ou vous pouvez acquérir les brevets.  Le droit d’utilisation ne vous permet pas de poursuivre un contrefacteur potentiel, mais un bon avocat aura ajouté un engagement de l’inventeur de vous aider et de poursuivre les fautifs. Si vous voulez le maximum de sécurité, l’acquisition du brevet est la bonne option.

Si la technologie n’est pas protégée par le fournisseur, il est probablement trop tard pour le faire et votre accord comprendra une licence exclusive sur le savoir-faire et le secret sera la règle!

Mais avant de mettre un cadre juridique complexe en place, il faut  considérer l’avantage donné à l’entreprise qui sera la première à commercialiser ce produit ou cette fonctionnalité. Dans de nombreux cas, être le premier fait une telle différence que le risque d’être copié un an après a peu ou pas d’importance. Bien sûr, ce facteur varie considérablement en fonction du marché et des cycle de vie produit. La vitesse d’exécution est parfois la meilleure protection !

La troisième question (protection du fournisseur ) est posée très fréquemment. Sur les plates-formes d’Innovation Ouverte, les fournisseurs de solutions doivent divulguer un certain niveau d’information pour intéresser l’entreprise demandeuse sans prendre trop de risques.

Encore une fois, nous avons deux situations. Si l’invention est protégée, alors elle peut être divulguée et les DPIs peuvent-être mentionnés . Si ce n’est pas le cas, l’échange d’informations doit être effectuée avec prudence. Les intermédiaires en Innovation Ouverte seront de bon conseil pour cet exercice délicat. Chez ideXlab nous mettons l’accent sur ​​la description des caractéristiques externes des inventions, comme les performances clés, au lieu de divulguer trop de détails sur leurs mise en œuvre. Après quelques questions-réponses anonymes, lorsque le demandeur est convaincu du sérieux de la proposition, alors il peut décider de conclure un accord de confidentialité.

La réponse à la quatrième question est plus une question de conviction et de réalisme. Les licences et l’intégration de technologies tierces est une pratique naturelle dans un monde global. Les deux parties bénéficient de l’échange, l’un avec un nouveau flux de revenus, l’autre avec un cycle de mise sur marché raccourci. En pratique, les universités ont pour mission de licencier leurs inventions et les laboratoires d’entreprises privées ont couramment des département de Propriété Intellectuelle en charger trouver de nouveaux débouchés à la recherche. Toutefois la prudence peut amener à définir des domaines d’application restreints pour éviter une éventuelle concurrence dans le même secteur d’activité que l’inventeur.

[tweetherder] Les droits de propriété intellectuelle et l’innovation ouverte sont les deux faces d’une même réalité[/tweetherder]

L’Innovation Ouverte et la propriété intellectuelle coïncident particulièrement bien lorsque [tweetherder]les entreprises se rendent compte qu’elles doivent capitaliser sur les opportunités plutôt que seulement sur ​​leur propriété[/tweetherder] .

Les réponses exactes aux préoccupations des acteurs dépendent de plusieurs points: la nature du projet d’innovation ouverte, la situation de l’entreprise demandeuse sur les DPI, la nature du produit final et du marché, et sur ​​la situation du fournisseur de technologie.

Ainsi, la société demandeuse doit se poser les questions suivantes:

– Suis-je à la recherche d’une technologie cœur de métier ou d’améliorations ou de fonctions périphériques ?
– Quelle est la valeur ajoutée de la technologie pour mon produit et l’entreprise?
– Le fournisseur peut rivaliser avec moi sur mon marché à un moment donné ?
– La rapidité de mise sur le marché est-elle plus importante que la protection à long terme du produit ?

Selon les réponses à ces questions, il y est possible de définir un cadre de gestion de la propriété intellectuelle qui permettra de monter un projet avec succès, comme décrit ci-dessous.

IPR options

Exemple d’options d’une entreprise en matière de DPI (source ideXlab)

 

Cet article est l’un de notre série sur à la pratique de l’innovation ouverte , nous espérons que vous l’avez apprécié.

 

Références

[1] Open Innovation and Intellectual Property Rights – The Two-edged Sword
http://eml.berkeley.edu/~bhhall/papers/BHH09_IPR_openinnovation.pdf

[2] Does IP Strategy Have to Cripple Open Innovation? http://sloanreview.mit.edu/article/does-ip-strategy-have-to-cripple-open-innovation/

[3] Scenarios for the Future http://www.marcasepatentes.pt/files/collections/pt_PT/1/178/EPO%20Scenarios%20For%20The%20Future.pdf

[4] How intellectual property enables and protects Open Innovation http://www.forbes.com/sites/benkerschberg/2012/04/23/how-intellectual-property-ip-enables-and-protects-open-innovation-platforms/

[5] A practical guide to managing intellectual property rights in an open innovation context http://six6.region-stuttgart.de/sixcms/media.php/1181/Opinet_IPR_Guide.pdf

[6] XOR patent case https://www.google.fr/search?q=CadTrack+xor+patent

[7] Athreye and Yang 2011, Desambodied knowledge flow in the world economy  http://www.wipo.int/export/sites/www/econ_stat/en/economics/pdf/wp3.pdf

Le crowdsourding et l’innovation ouverte

Le crowdsourcing, concept né au milieu des années 2000 aux Etats-Unis, fait partie de la panoplie des outils mis à la disposition des entreprises désirant se lancer dans l’aventure de l’innovation ouverte.

Si l’on voulait définir en une formule concise l’innovation ouverte, on pourrait dire qu’elle consiste pour une entreprise, à étendre la sphère des acteurs de l’innovation. Le crowdsourcing appartient pleinement à cette logique.

Le crowdsourcing consiste à mettre à profit l’intelligence collective de la foule. Crowdsourcing = se ‘sourcer’ auprès de la foule.

Pour bien comprendre le fonctionnement du crowdsourcing, il convient de répondre à ces deux questions subséquentes :

➔ Se sourcer de quoi ? De quoi l’entreprise veut-elle s’approvisionner ? Qu’est-ce que l’entreprise recherche ?

➔ Se sourcer auprès de qui ? Qui sont les gens ou participants qui composent cette foule à laquelle fait appel l’entreprise ?

A ces questions, les réponses sont multiples. Le propre du crowdsourcing est de proposer un usage à la géométrie et aux finalités variables. Les seules constantes qui existent, celles qui permettent de dire qu’il s’agit de crowdsourcing, sont les suivantes :

➔ Le crowdsourcing concerne l’innovation, au sens large. A la réponse « se sourcer de quoi ? », il nous faut donc répondre : d’idées, de projets, de concepts, ou même de simples avis.

➔ A la question « se sourcer auprès de qui ? » il faut répondre avec généralité : auprès d’un grand nombre de personnes. Sans quoi l’on ne peut pas parler de crowdsourcing !

On voit par ces deux réquisits la grande extension du crowdsourcing.

Citons quelques cas pratiques pour mieux comprendre de quoi il s’agit concrètement.

Exemple pratique numéro 1 : une entreprise désire lancer un nouveau produit mais n’est pas certaine que celui-ci rencontrera la demande escomptée et voudrait s’enquérir auprès du public d’améliorations qui pourraient être apportées. Cette entreprise, via une plateforme de crowdsourcing, propose à des milliers de participants de donner leur avis sur le produit et d’y apporter les améliorations éventuelles.

Exemple pratique numéro 2 : une entreprise souhaite lancer une nouvelle campagne publicitaire vantant les mérites de ses produits. Seulement, elle n’a pas trouvé le message percutant qui fera le succès de l’opération. Pour y arriver, elle décide, sur sa page Facebook, de demander aux internautes d’imaginer le message le plus efficace et le plus original. Elle offrira à l’internaute le plus créatif une récompense : un bon d’achat, un produit gratuit etc.

Exemple pratique numéro 3 : une entreprise réfléchit à une nouvelle manière de communiquer. Elle souhaiterait adapter sa stratégie de communication aux nouveaux outils technologiques. Seulement, elle ne dispose pas de l’expertise nécessaire. Elle manque d’idées. Elle décide alors de s’inscrire sur une plateforme de crowdsourcing afin de faire participer le plus grand nombre possible d’internautes à l’élaboration de sa nouvelle stratégie de com’. Le participant qui détiendra l’idée la plus innovante recevra la somme de 1000 euros.

Exemple pratique numéro 4 : une entreprise désire améliorer son image de marque. Pour ce faire, elle décide de lancer sur son site internet un appel à projets intitulé « construire un monde meilleur ». Les participants peuvent proposer des projets visant à éradiquer la faim dans le monde, prévenir les guerres, limiter les épidémies, réduire le chômage, tout cela avec un budget prévu d’avance et limité. Pour déterminer le gagnant, un système de vote est mis en place : les auteurs sont invités, pour obtenir le plus grand nombre de votes, à relayer leur projet sur Facebook. L’entreprise est ainsi associée à un projet valorisant son image.

Le crowdsourcing on le voit peut avoir des applications très variées. Pour l’entreprise, il peut être utilisé soit pour concevoir ou optimiser un nouveau produit, soit pour créer une campagne publicitaire, ou même simplement pour améliorer son image auprès du public. Les opérations de crowdsourcing peuvent se réaliser aussi bien sur des plateformes spécifiques (il en existe des centaines à ce jour), sur le site web de l’entreprise ou directement sur les réseaux sociaux.

Les avantages du crowdsourcing sont multiples :

  • Le crowdsourcing est une solution économique : les participants sont des volontaires. Pour booster leur participation et leur créativité, des systèmes de prix peuvent être mis en place.
  • Le crowdsourcing permet la participation d’un très grand nombre de personnes. Certaines campagnes de crowdsourcing peuvent réunir un million de participants. Tant de cerveaux sollicités et mis en réseaux, cela ne peut que produire des résultats très prometteurs !
  • Le crowdsourcing permet de tisser entre l’entreprise et le public des liens plus étroits et d’adapter la communication de marque aux enjeux de la révolution technologique.

picture credits https://www.flickr.com/photos/mrlins/

Innovation frugale une ambition Indienne, une opportunité mondiale.

La France avait le “système-D”, l’Inde a inventé le “Jugaad” ou l’ innovation frugale.

Meet Sam Pitroda

Le Jugaad a été popularisé par Sam Pitroda, fondateur du C-DOT qui a développé et démocratisé les télécommunications en Inde. L’innovation frugale peut se définir comme “la commercialisation, dans un contexte de ressources limitées, de produits et services de qualité, accessibles à tous”. Un principe appliqué par Sam Pitroda lorsqu’il développa le fameux réseau de dizaines de millions de cabines téléphoniques à jetons dans le pays. A présent à la tête du Conseil National de l’Innovation il s’applique à faire de l’Inde le pays de l’innovation à l’horizon 2030. Faites sa connaissance avec cette longue transcription de l’Express.

Visionnaire ? Peut-être, en tout cas son concept d’innovation frugale trouve beaucoup d’écho dans des pays en développement comme dans des pays développés face à la crise.

L’ambition Indienne et l’opportunité mondiale

La vision de Sam Pitroda de l’innovation frugale est sociétale, visant à réduire la pauvreté, produire des innovations accessibles aux plus démunis et permettant d’améliorer leur condition. Il résume en empty platedisant que “les grands cerveaux travaillent trop à résoudre les problèmes des riches” à la fois pour concevoir de nouveaux produits alimentant une surconsommation des pays riches mais aussi dans le sens ou même dans les pays en développement les cerveaux travaillent pour les pays riches dans les centres de développement ou de production externalisés. Il prêche pour le développement de projets innovant frugaux et à portée sociale.

L’opportunité perçue dans les pays développés et un peu différente. Il est communément admis que les montants sans cesse croissants d’investissement nécessaires à l’innovation ne sont plus soutenables. Particulièrement en période de stagnation économique. En résumé trois griefs sont faits à la structure de l’innovation occidentale:

trop chère: les sociétés innovantes investissent des montants colossaux (600 milliards en 2011) dans leur processus de R&D et d’innovation, ces montants augmentent  mécaniquement avec la complexification et la miniaturisation des produits. Pourtant les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous en particulier quand le besoin est mal cerné ou dépassé par un cycle d’innovation trop long.

trop “excluante”, l’innovation repose sur une population restreinte (ingénieurs, chercheurs) et vise une population réduite (cible marketing en générale aisée et limitée). Là où l’innovation pourrait être inspirée par une population beaucoup plus large: employés, clients, fournisseurs mais aussi viser les “non-clients” hors de la cible initiale.

trop lente car reposant sur des processus complexes et contraignants.

Les processus d’innovation doivent donc évoluer dans trois directions:

– l’agilité par interaction entre les utilisateurs et les concepteurs. La pratique est bien développée dans le domaine du logiciel mais beaucoup moins pour les produits manufacturés.

– l’”inclusivité” ou l’ouverture vers les sources d’idées, les compétences externes et les cibles clients les plus larges.

– la conception ou innovation frugale, ou comment faire plus avec moins, et qui nécessite la valorisation de l’ingéniosité plus que de l’ingénierie lourde.

Le grand écart culturel n’est pas négligeable, la mise en place d’organisations reposant sur ces valeurs sans compromettre la qualité attendue est complexe également. Mais les bénéfices peuvent être considérables, faire plus, moins chers et pour des marchés plus larges est une perspective dont on comprend qu’elle attire de nombreuse sociétés vers l’innovation frugale !

Et l’innovation ouverte dans tout ça ? Elle apporte cette ouverture nécessaire vers les contributions extérieures que ce soit des idées innovantes comme des solutions technologiques. C’est une composante centrale dans l’innovation frugale en fournissant des moyens d’être à l’écoute, réactif et innovant pour moins cher.

Des exemples de frugalité

La sonde indienne Mangalyaan pour Mars a été développée 3 fois plus vite et en dépensant 10 fois moins que pour celle de la NASA, en ré-utilisant des composants existants. Elle devrait atteindre son orbite Martienne le 24 Septembre 2014 !

Schneider Electric avec son programme BiBop vise à fournir des solutions pour une énergie abordable et de nouveaux business model, comme la solution In-Diya d’éclairage à LED low-cost.

Renault et Dacia L’ingénierie frugale est le terme utilisé par Carlos Ghosn plus que l’innovation frugale pour résumer l’orientation de la société vers des voitures accessibles et permettant d’atteindre de nouveaux marchés. Le succès des Dacia également en Europe est démonstratif !

Tata Motors, va encore plus loin avec Nano une voiture à 2000 dollars développée par l’entreprise indienne.

Essilor et sa 2.5 New Vision Generation«  suivent une stratégie d’économie inclusive avec comme premier objectif de donner accès à la correction visuelle aux 2,5 milliards de personnes qui en sont exclues aujourd’hui.

Déjà en 2005 le MIT proposait la conception d’un ordinateur à 100USD pour les pays en développement dans le projet “One Laptop per Child” et qui aurait été déployé à près de 1.5M d’exemplaires.

 

Comptes Twitter à suivre sur le sujet:
@NaviRadjou
@sampitroda

picture credits TaxCredits.net  and https://www.flickr.com/photos/quinnanya/ 

Exemples d’innovation ouverte : les entreprises qui ont franchi le pas

Cet article vous propose un certain nombre d’exemples d’entreprises ayant pris la voie de l’innovation ouverte.

L’innovation se doit d’être plus que jamais au cœur de la stratégie des entreprises, quelle que soit leur taille. L’exacerbation de la concurrence dans une économie mondialisée réclame de nouvelles formes et de nouvelles capacités d’innovation. De nos jours, une entreprise qui n’innove pas met son existence en danger.

Les femmes et hommes aux commandes des grandes sociétés en sont conscients. Mais qui dit innovation dit également investissement. Toutes les entreprises, surtout en période de ralentissement économique, n’ont pas les moyens d’allouer des sommes colossales à la recherche et à l’innovation.

C’est dans ce contexte que l’innovation ouverte prend toute sa place et tout son sens.

Nous voudrions dans le cadre de cet article lister un certain nombre d’exemples d’entreprises ayant pris la voie de l’innovation ouverte. Cette liste permettra aux entrepreneurs et aux lecteurs de cet article de donner plus de consistance et de chair à un concept — l’innovation ouverte — parfois encore méconnu et peu mis en pratique.

PSA Peugeot Citroën

Le constructeur automobile français a lancé en 2011 un projet collaboratif ayant trait au développement des voitures du futur et visant à multiplier les partenariats de la firme avec des laboratoires scientifiques du monde entier.

Ce projet s’est concrétisé par la création du réseau des OpenLabs (laboratoires ouverts). Ces structures sont destinées à permettre la rencontre entre les centres de recherche du groupe et des laboratoires extérieurs partenaires. Cette réunion de matière grise a pour mission de penser l’avenir du secteur automobile, en fonction notamment des avancées de la recherche scientifique. Un partenariat a par exemple était conclu entre PSA et l’Institut des Sciences du Mouvement de Marseille.

Coca-Cola

Coca-Cola, c’est bien connu, tient à garder secrète la recette de sa célèbre boisson. Ce n’est donc pas tellement pour le développement de ses produits que la firme américaine s’est lancée dans l’innovation ouverte. Son programme « Shaping a Better Future » permet par contre à des internautes d’horizons différents de proposer leurs solutions à des problèmes sociétaux concrets (concernant par exemple le chômage ou l’environnement). Coca-Cola sélectionne ensuite le meilleur projet et offre à son auteur une somme de 50 000 dollars destinée à réaliser le projet. Le vainqueur est sélectionné en fonction de la valeur intrinsèque de son projet, mais également selon le nombre de votes que celui-ci a reçu. Pour obtenir le plus de voix, Coca-Cola encourage les auteurs de projets à partager ceux-ci sur les réseaux sociaux, Facebook notamment. Cette opération vise évidemment à améliorer l’image de Coca-Cola. Un projet d’innovation ouverte peut aussi servir à cela !

Plus brièvement :

➔ Le constructeur automobile Audi a lancé le Audi Production Award. C’est un concours qui demande aux participants de réfléchir à la voiture du futur, et plus généralement à l’avenir de l’automobile. Le vainqueur reçoit un trophée ainsi que la somme de 5000 euros.

➔ L’entreprise Procter & Gamble a publié sur son site internet la liste des problèmes techniques que ses propres équipes ne parviennent pas à résoudre ou n’ont pas résolu à temps. Un appel est adressé à tous les internautes qui disposeraient de la solution miracle. Toute idée est la bienvenue !

GE a lancé son programme Ecomagination Challenge. Son but ? Récolter les idées des entrepreneurs, des étudiants et de toutes les personnes innovantes concernant les problèmes liés à l’énergie.

➔ L’entreprise d’informatique HP (Hewlett Packard) a mis sur pied des laboratoires d’innovation ouverte destinés à faire travailler ensemble des chercheurs du monde entier et à initier des partenariats entre les équipes HP et des scientifiques extérieurs.

➔ L’entreprise danoise Lego est une des entreprises qui est allée le plus loin dans l’innovation ouverte. Et ce depuis déjà de nombreuses années (MindStorms, Lego Ambassador, Lego Factory et dernièrement Lego Cuuso…). Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Lego est si souvent cité par les apôtres de l’innovation ouverte. Dans toutes ses opérations/programmes, Lego met un point d’honneur à faire participer, plus ou moins directement, ses fans à l’évolution de ses gammes de produits. Rien de plus efficace pour souder la communauté Lego, composée de jeunes et de moins jeunes.

Local Motors est une start-up créée en 2007 par un ancien marine, Jay Rogers. Concevoir une voiture prend des années et coûte généralement des millions d’euros. Local Motors, pour réduire coûts et délais, a décidé de recourir au crowdsourcing. Local Motors utilise le développement collaboratif pour créer les designs de ses voitures. Sa démarche originale a permis à cette petite entreprise de conquérir d’importantes parts de marché. Les heureux gagnants des concours de design industriel organisés par la firme peuvent ensuite toucher des royalties sur les ventes de voiture.

Comme on peut le voir à partir de ces quelques exemples (il y en aurait tant d’autres à évoquer…), l’innovation ouverte a de nombreux avantages et est sans aucun doute promise à un bel avenir. Des avantages en termes d’efficience, en termes économiques, mais aussi, on le voit avec l’exemple de Coca-Cola, en termes d’image.